jeudi 27 janvier 2011
Taxer les riches
Pour la première fois, nous montrons clairement que le système actuel est inégalitaire. Les 500.000 personnes les plus riches sont imposées à 35% de leurs revenus, alors que les 50% les plus modestes sont imposés à 45%.
Thomas Piketty, directeur d’etudes a l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) et directeur du departement de sciences sociales de l’ENS ( Ecole Normale Superieure ).
vendredi 9 avril 2010
Indécences
Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et… ses libérateurs ! Il y a quelques mois, la France prétendait canaliser les ardeurs belliqueuses des Etats- Unis dans la “légalité” onusienne…
» Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil
complément : chez CSP
Lettre ouverte aux agriculteurs progressistes qui s’apprêtent à semer du maïs transgénique
Par Jean-Pierre Berlan, Directeur de Recherche Inra.
Les semences conventionnelles de “variétés hybrides” de maïs
coûtent environ 150 euros/ha. Les semences transgéniques coûtent sans
doute plus cher à moins que, comme Innovateur chargé d’ouvrir la voie
au Progrès, vous ne bénéficiiez de conditions spéciales qui, de toute
façon, ne dureront pas. Bref, le coût des semences à l’hectare
représente l’équivalent de 15 à 18 voire même dans certains cas, 20
quintaux de production. Vous semez environ 15 kilogramme à l’hectare.
Un quintal de semences “hybrides” de maïs coûte plus de 1.000 euros,
alors que le quintal de maïs grain tourne autour de 9 euros.
Un quintal de semences de maïs “hybride” vaut donc 100 fois
plus cher qu’un quintal de maïs grain. Si vous pouviez semer le grain
récolté, vous économiseriez environ 150 euros par hectare. Ce serait
autant de bénéfice en plus pour vous. Sur une centaine d’hectares, cela
représente 15 000 euros. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord sur
ces chiffres.
Évidemment, ce n’est pas de gaîté de
coeur que vous dépensez une somme aussi considérable - sans doute votre
premier poste de dépenses. Vous renouvelez chaque année vos semences
auprès de “semenciers” tels que Monsanto, DuPont (Pionner), Syngenta ou
Bayer - tous fabricants d’agrotoxiques - et de « coopératives » comme
Limagrain, Euralis et autres. Ces « coopératives » pratiquent en France
les mêmes prix exorbitants que leurs concurrents agrotoxiques. En
Amérique du Nord, elles pratiquent - comme leurs concurrents - des prix
trois fois moins cher, pour les mêmes « variétés » ! Sans doute pour
mieux servir vos intérêts dans la concurrence internationale.
Bref, vous renouvelez vos semences chaque année parce que vous n’avez
pas le choix. C’est, vous a expliqué le Généticien, à cause de la
pingrerie de la Nature : il existe chez le maïs un phénomène, «
l’hétérosis », toujours inexpliqué et peut-être même inexplicable, dont
les mystères inaccessibles au commun des mortels et donc à vous même,
ne peuvent être scrutés que par ce Docte. Améliorer le maïs, vous
a-t-on affirmé, exige de mettre en oeuvre ce phénomène mystérieux qui,
hélas, vous interdit de semer le grain récolté.
Vous avez donc cru cette fable que pour améliorer un organisme vivant, il faut l’empêcher de se reproduire dans votre champ !
Je vous rassure : tout le monde le croit. J’y ai cru moi-même pendant
longtemps. Pour croire, il suffit de renoncer à comprendre par
soi-même. Des décennies de propagande scientifique ont imposé cette
superstition. Pourtant, les paysans américains de la fin des années
1930 avaient fait preuve de lucidité en surnommant “maïs-mule” ces
“variétés hybrides” révolutionnaires, qu’ils ne pouvaient ressemer à la
différence des variétés cultivées jusque-là. Mais leurs enfants
agriculteurs, passés par les écoles d’agriculture, férus de progrès,
éclairés par les lumières de la Génétique, comme sans doute vous-même,
ont rejeté comme obscurantiste le bon sens biologique de leurs parents
paysans.
Pourtant ! Qui peut-être assez
crédule, à part le Généticien et autres scientifiques, enfermés dans
leur carcan disciplinaire et coupés de la vie pour croire cette
énormité qu’améliorer un être vivant exigerait, en quelque sorte, de le
stériliser ? Et Terminator ne révèle-t-il pas avec éclat que cette
stérilité est l’objectif de tout sélectionneur/semencier ? Pour créer
une nouvelle source de profit, ne faut-il pas séparer ce que la Vie
confond, la production réservée à l’agriculteur et la reproduction
confiée au semencier agrotoxique ?
Je fais l’hypothèse qu’un agriculteur moderne comme vous cherche à
maximiser ses propres bénéfices. Par contre, si ce sont ceux des
marchands de semences, d’agrotoxiques ou des coopératives que vous
voulez maximiser à vos dépens, ce qui suit ne vous concerne pas.
Trois méthodes peuvent vous permettre de faire vos semences et d’améliorer vos marges.
Une remarque préalable : vous pouvez accepter une baisse de rendement
d’au moins quinze quintaux/ha si vous faites vos propres semences. Ces
quinze quintaux supplémentaires que vous devez produire pour payer les
semences “hybrides” vous coûtent en réalité plus cher en irrigation, en
engrais, en agrotoxiques que ce qu’ils vous rapportent. Ils contribuent
aussi au mauvais état de santé de vos sols. Mais peu d’agriculteurs se
rendent compte du coût de ces quintaux supplémentaires qu’il est
économiquement profitable de ne pas les produire.
La première consiste à faire des “hybrides doubles” - ce que les semenciers faisaient il y a une vingtaine d’années. Vous prenez des “hybrides” de même précocité et de firmes différentes. Vous semez dans un champ de “l’hybride A” des rangées des “hybrides” B, C, D. Vous castrez les rangées B, C, D et vous les récoltez séparément. Elles fourniront la semence de l’année suivante. Vous pouvez ainsi déterminer la meilleure combinaison (AxB, AxC, AxD, etc.) pour votre exploitation.
Une deuxième solution est de semer en mélange plusieurs “hybrides” de même précocité et de firmes différentes pour faire une variété dite synthétique. Ensuite, pour faire vos semences, vous sélectionnez chaque année dans la descendance de cette variété des épis moyens, sains, denses, sur des plantes indemnes de maladies et bien enracinées. Cette solution a l’avantage de ne pas demander de castration. La baisse de rendement sera sans doute supérieure à celle consistant à faire des “hybrides doubles”. Mais encore une fois, même si vous perdez 15 quintaux/ha, vous êtes gagnant.
La troisième est tout simplement de trouver des variétés de maïs traditionnelles que vous pourrez ressemer sans craindre de chute de rendement pour peu que vous fassiez un peu de sélection. Il semble qu’il en existe qui ont un rendement excellent mais je ne sais pas si ces variétés sont adaptées à votre région et votre exploitation. Plusieurs groupes de paysans travaillent déjà en France à sélectionner de telles variétés.
Ces
essais peuvent ou plutôt devraient être faits avec vos voisins de façon
à partager vos expériences. Ce renforcement des liens de voisinage, de
coopération, de partage entre agriculteurs est bien nécessaire au
moment où la mondialisation menace d’ensevelir ce qui reste du monde
rural et où les relations humaines dans les campagnes se dégradent.
Savez-vous que Monsanto invite les agriculteurs d’Amérique du Nord à
dénoncer, anonymement bien entendu, leurs voisins “pirates” - ceux
qu’ils soupçonnent de cultiver des “variétés” transgéniques sans payer
la redevance ?
Ne comptez évidemment pas sur les
conseillers agricoles ni sur vos coopératives pour vous aider. Ils sont
là pour vous vendre des semences et des agrotoxiques, pas pour vous
permettre de préserver votre avenir.
Un dernier point : vous avez pu observer que j’ai mis ‘hybride’ et
‘variété hybride’ entre guillemets. Le terme ‘variété’ dit bien ce
qu’il veut dire : selon le dictionnaire, “le caractère de ce qui est
varié ; contraire de l’uniformité ; diversité”. Or ce que vous cultivez
sous le nom de “variété hybride” de maïs est constitué de plantes qui
sont toutes les mêmes du point de vue génétique. C’est donc précisément
le contraire d’une variété ( !) et le terme qu’il faudrait utiliser est
celui de clone. Vous cultivez donc des clones.
Ces clones sont-ils “hybrides” ? L’adjectif “hybride” qualifie-t-il
sans ambiguïté la plante de maïs que vous semez ? Non, cette plante est
tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Le sélectionneur a simplement
extrait des variétés cultivées par les paysans des plantes de maïs,
dont il a fait des copies (des clones) lorsqu’il tombait par hasard sur
une plante supérieure à la moyenne des plantes de la variété. Elle
n’est donc ni plus ni moins “hybride” que n’importe quelle plante de
maïs d’une variété.
Le terme “variété hybride” est donc une double tromperie.
Il faudrait parler de “clone captif” ou “propriétaire” puisque, comme
vous le savez, ces derniers appartiennent au sélectionneur et ne
peuvent se reproduire dans le champ du paysan. C’est l’intérêt des
“semenciers” d’entretenir la confusion en parlant de “variétés
hybrides”. Avec la “vigueur hybride”, “l’hétérosis” et autres falbalas
soi-disant scientifiques, ils détournent votre attention de la réalité
de ces clones captifs dont ils vous vendent les semences cent fois plus
cher que ce qu’elles coûteraient si vous pouviez, comme vos parents,
semer le grain récolté.
Et surtout, ne croyez pas
une seule seconde que les “hybrides accroissent le rendement” et donc
vos bénéfices, comme on vous le répète. Non, les clones captifs accroissent les profits des semenciers à vos dépens.
C’est le travail de sélection qui permet d’accroître le rendement. On
pouvait améliorer le maïs en continuant à sélectionner des variétés,
mais cela n’intéresse pas les semenciers puisque l’agriculteur aurait
pu en ressemer le grain.
En réalité, que se
passe-t-il ? Si vous faites de la consanguinité chez les mammifères
(des organismes à fécondation croisée, qui ont donc un papa et une
maman différents), vous savez qu’il se produit une dépression
consanguine. Un éleveur qui ferait de la consanguinité dans son
troupeau devrait rapidement le mettre à la casse. Eh bien ! Le maïs est
comme un mammifère. C’est une plante à fécondation croisée (une plante
de maïs a, en général, un papa et une maman différents) et la
consanguinité se traduit par une baisse de la vigueur de la plante.
Ceci avait été observé et décrit par Darwin dès 1868.
Qu’a fait le sélectionneur au nom de cette théorie fumeuse de
l’hétérosis inventée de toute pièce par le Généticien ? Les variétés
paysannes cultivées par vos parents étaient constituées de plantes
différentes. Ils pouvaient en ressemer le grain sans craindre la
consanguinité. Ce que le sélectionneur doit à tout prix empêcher. Il a
donc extrait au hasard des clones des variétés paysannes de maïs
cultivées par vos parents. Comment ?
Il fait d’abord au hasard 6 générations d’autofécondation pour obtenir
des « lignées pures ». Croisées deux à deux, ces lignées pures donnent
des plantes de maïs ordinaires dont la caractéristique n’est pas d’être
« hybride », mais de pouvoir être copiées (clonées) à volonté puisqu’on
en connaît les parents « lignées pures ». Le sélectionneur teste ces
clones pour sélectionner le meilleur et remplacer ces variétés. Il vous
en vend les semences. Vous semez ces clones dans vos champs. On vous
serine les bobards du Généticien sur l’hétérosis. Vous les croyez. Et
pour faire bonne mesure, on vous fait admirer l’uniformité de ces
clones dans vos champs si « propres » grâce à l’atrazine et autres
poisons. C’est beau, ces plantes uniformes, comme militarisées,
poussant dans un désert ! Finie, la diversité de la Nature !
Et vous avez été aveuglé
au point de ne pas voir la réalité sous vos yeux : au moment de la
fécondation, les plantes du clone se fécondent bien les unes les
autres, mais comme elles sont génétiquement identiques ou presque,
c’est comme si vous faisiez une autofécondation. Vos clones merveilleux
d’uniformité sont des machines à autoféconder le maïs, donc à le
détruire. Vous ne pouvez plus semer le grain récolté.
En résumé, le Généticien, le semencier et ses techniciens détournent
votre attention à coups de “vigueur hybride” et autres « hétérosis »
pendant qu’ils mettent en oeuvre dans votre champ, à votre insu et sous
vos yeux admiratifs, une autofécondation, c’est-à-dire la forme la plus violente de consanguinité
(chez les mammifères, vous ne pouvez pas faire mieux (ou pire) que des
croisements père-fille, mère-fils ou frère-soeur). Vous détruisez votre
maïs dans votre champ. Et en prime, vous admirez la destruction dont
vous êtes victime !
La sélection de variétés de maïs
(le « maïs population ») permettrait pourtant d’aussi bons résultats
agronomiques sans vous obliger à racheter votre semence chaque année.
Quant à la sésamie ou à la pyrale, les bonnes pratiques agricoles
(rotations, lutte biologique…) en viennent à bout sans aller chercher
des semences de clones transgéniques encore plus chères.
Qu’au nom de ce même Progrès, les fabricants d’agrotoxiques, les «
coopératives », l’État, la FNSEA, l’Inra vous poussent dans cette même
voie ruineuse avec le maïs et les autres plantes transgéniques ne
devrait pas vous étonner. Ces chimères génétiques - les soi disant Ogm
- ont cette remarquable caractéristique d’être brevetées, ce qui met légalement fin à la pratique fondatrice de l’agriculture, semer le grain récolté.
Il est vrai que les êtres vivants commettent un crime intolérable,
celui de se reproduire et de se multiplier gratuitement dans le champ
du paysan. Un crime que notre société punit par la mort. Ce que font
Terminator, le brevet, les “hybrides”, les Gurts et autres dispositifs
de même type.
Plutôt que le héros du Progrès que vous croyez être, si vous en étiez le dindon ?
Avec mes salutations cordiales,
Jean-Pierre Berlan, Directeur de Recherche Inra.
NOTE : via Kokopelli (achetez vos semences)
jeudi 4 février 2010
La guerre d’Afghanistan vu par Mélenchon
On ne peut rien comprendre à la guerre d’Afghanistan si on ne commence pas par voir que ce pays est le point de passage obligé pour sortir le gaz et le pétrole de la caspienne vers les zones sous contrôle «occidental» plutôt que vers la Russie, ou la Chine !
Suivez les pipes et vous suivez la route de la guerre. Pour nous européens atlantisés, le pipe ouest sort par la Géorgie…. Clair ?
Quels sont les motifs de guerre qui ont justifié l’intervention armée ? La réplique aux attentats du onze septembre. Mais quel rapport entre les deux ? Colin Powell avait annoncé qu’il remettrait au Conseil de sécurité de l’ONU les preuves à ce sujet. Il ne l’a jamais fait. Bien sûr. Colin Powell a une bonne tête mais c’est un menteur de première !
L’intervention a couté la vie à onze mille civils afghans et mille six cents combattants de la coalition. Bombes au phosphore et à l’uranium appauvri ont été copieusement déversées. Voila le bilan. Pour quel résultat ?
Le blog de Mélenchon pour la suite.
vendredi 8 janvier 2010
Mort d'un flic
Je vous vois venir, là. On n’est jamais là quand il faut, c’est ça ? Et toujours là quand il ne faut pas, aussi ? Facile. Un grand classique de la rhétorique anti-flic culturellement correcte.
Vous me faites rire. Si nous cessions le travail ne serait-ce que quelques heures, vous resteriez calfeutrés chez vous, morts de peur. Mais par défaut, vous auriez une juste mesure de notre rôle. Ça n’arrivera jamais, rassurez-vous, il ne vous reste qu’à l’imaginer. Si vous pouvez. De notre côté, on a le sens du service public. Et du service rendu…
Bénédicte Desforges - Patrice Point, ou le drame discret de la mort d’un flic
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